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SXSWedu Part I : retourner à l’école !

SXSWedu Part I : retourner à l’école !

Il y a quelques années, je glissais mon nom dans la liste de signataires du texte de Laurent Lapierre, intitulé « Gérer, c’est créer ». On y dénonçait en particulier la dérive scientiste de nos institutions universitaires. Il y a quelques semaines, un collègue attirait mon attention sur un papier paru dans The Economist. « Those Who Can’t, Teach ».

 

Dix and plus tard, d’un texte à l’autre, le même constat. La même impuissance à changer, même si la tempête depuis longtemps annoncée barre à présent tout l’horizon.

 

Pourtant, s’il est un domaine où la créativité devrait aujourd’hui s’exercer c’est bien celui de l’éducation ! Particulièrement dans nos pays développés, alors que nous sommes chaque jour tous un peu plus conscients que nous ne pouvons plus désormais compter sur une quelconque rente de situation. Notre avenir dépend donc, en grande partie, de la capacité des nouvelles générations à créer une valeur inédite, à faire mieux, et autrement

 

En somme, cet avenir passe par la maîtrise des savoirs, des savoirs faire, des savoirs être. C’est de cette maitrise que l’imagination, nécessaire, se nourrit avant tout.

 

 

SXSWedu: nouveaux points de départ

 

Après une presque semaine passée à SXSWedu, à la question « qu’ai-je retenu ? », j’en viens à une drôle de réponse : à de très rares exceptions, peu d’universités, peu de grands groupes privés, ne nous ont présenté des innovations pédagogiques à la fois fortes et pertinentes. Le bouillonnement créatif n’est pas là.

 

Les universitaires présentent certes des études savantes. Mais en revanche, aucune remise en cause un peu profonde de leurs propres institutions. On glose alors sur autrui, se dérobant à un débat qui pourrait nous amener à des conclusions inconfortables. Les groupes privés, pour leur part, tentent à l’évidence de tirer parti de la manne d’un certain renouveau pédagogique, avec un pas de retard, et en laissant trop souvent la technologie les mener par le bout du nez.

 

Les vraies idées entendues ici, ce sont les enseignants des niveaux primaires et secondaires qui les ont partagées. En les écoutant, ce sont eux qui m’ont le mieux parlé du « métier » et m’ont conduit à m’interroger sur mes propres pratiques.

 

D’abord en me posant la question que devrait se poser tout formateur : « Why do I do what I do ? » (merci Jeff Charbonneau!). En me poussant aussi dans mes retranchements : « Si vous pensez que votre métier d’enseignant c’est de parler pendant x minutes devant un groupe, vous êtes mort. Fondamentalement, on a plus besoin de gens comme vous ». Message fort, ai-je dit ?  C’est que, comme l’ensemble de mes collègues ou peu s’en faut, moi, convoquer un groupe de 50 personnes, une fois par semaine, pour leur parler dans la face pendant 165 minutes, c’est précisément ce que je fais …

 

 

Des questions d'enseignants...

 

L’innovation en éducation, la vraie, celle un peu convaincante, semble avoir ces trois caractéristiques : (1) elle est associée à la base de notre système, l’enseignement primaire et secondaire, (2) elle est publique, (3) elle prend souvent racine dans les contextes socioéconomiques les plus difficiles.

 

Enseignement primaire et secondaire ? C’est en effet là où des enseignants se posent encore des questions d’enseignants. Ce que ne font que trop peu, et depuis belle lurette, les professeurs d’université pour qui l’enseignement, qu’ils nomment leur « charge », est trop souvent vu comme un simple poids à alléger. En règle générale, une certaine popularité suffit à nous satisfaire. Apprendre ?  Comprendre ?  On en est pas là !

 

Quant au caractère public des innovations les plus probantes, ceci s’explique sans doute par le fait que les questions posées le sont alors, avec générosité, hors de tout cadre mercantile. Ceci s’explique aussi par le temps plus long dont ces institutions disposent pour répondre correctement aux questions posées.

 

Les vraies questions, les vraies réponses, c’est souvent affaire de processus, d’essais et d’erreurs. Bref, de tâtons. Là, il est encore possible d’être candide.

 

Pourquoi, enfin, les milieux les plus défavorisés semblent-ils aussi les plus fertiles ?  Bien sûr, on peut considérer que la nécessité y fait loi. Mais il y a aussi autre chose. Dans ces milieux, on retrouve de façon surprenante une capacité d’engagement des élèves sur laquelle on ne peut hélas guère compter dans les milieux les mieux nantis. Les élèves n’y sont pas devenus des « clients » (ils ne sont pas solvables !). On s’y rappelle encore qu’une école, au fond, ce n’est pas des salles de classe, ce n’est pas des bâtiments, des tableaux interactifs, des laboratoires suréquipés. Une école, ce n’est pas autre chose que la rencontre entre des enseignants et des élèves.

 

Les élèves ne sont pas des clients ou consommateurs de l’école, Ils SONT l’école. Dans ces milieux, le témoignage des enseignants tend à nous montrer enfin que les parents n’y ont pas non plus tendance à se substituer aux enseignants pour le bien de leurs « précieux petits génies », sommant leurs enseignants de respecter le « programme » ou quelque ligne administrative dissimulée sous les oripeaux de l’excellence.

 

Il y a plus de douze ans, j’accompagnais ma fille Jeanne qui faisait, pour la première fois, son entrée au primaire. La classe que j’y ai vue, ses tables rondes, sa plasticité, les supports de communication multiples, sa déstructuration, tout ceci m ‘a étonné. C’est que j’ai été habitué dans mon enfance à bien d’autres choses !  Tout ceci, je l’ai retrouvé à HEC Montréal dix ans plus tard, notamment en découvrant le nouveau pavillon Decelles. Vous voulez préfigurer la réalité pédagogique des meilleurs programmes universitaires de l’an 2025 ? La meilleure chose à faire est sans doute de visiter quelques écoles primaires, publiques, dans de petites villes ou certaines banlieues malaisées de nos grandes villes.

 

Bref, vous voulez créer le programme de formation de demain ?  Commencez par retourner à l’École !

 

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