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Quand mode et technologie se croisent : l’industrie de la mode et du vêtement au Québec

Quand mode et technologie se croisent : l’industrie de la mode et du vêtement au Québec

Le colloque L’innovation dans l’industrie du vêtement : perspectives d’avenir organisé par le centre de recherche et d’innovation en habillement Vestechpro dans le cadre du 82e Congrès de l’ACFAS dresse un portrait des transformations de l’industrie de la mode et du textile. Geneviève Dupuis, présente en tant que conférencière, nous livre un compte-rendu des moments forts de la journée.

 

Malgré le climat d’incertitude planant actuellement sur l’industrie de la mode québécoise, dont la récente annonce de fermeture du détaillant Jacob n’a pas apaisé, c’est surtout un message d’espoir qui a marqué les esprits lors du colloque sur l’innovation dans l’industrie du vêtement organisé par Vestechpro, le CCTT affilié au Cégep Marie-Victorin. Bien qu’un petit joueur à l’échelle mondiale, l’industrie québécoise de la mode et du vêtement possède tout de même un bassin important et diversifié d'entreprises performantes portées par des entrepreneurs déterminés à saisir les opportunités qu’offrent la mondialisation et la numérisation de leur secteur.

 

François Roberge, président des boutiques La Vie en Rose, ouvre le bal par un exposé sur les récents travaux de la Table de concertation sur l’industrie du vêtement. Cet exhaustif état des lieux a permis de dégager cinq grands défis brimant l’essor du Québec mode. Arrivant en têtes d’affiche, l'intensification et l'harmonisation du maillage entre tous les acteurs de la chaîne logistique ainsi qu'avec d'autres secteurs créatifs et innovants ne s’avèrent pas être une mince tâche. En se donnant les moyens de nos ambitions, par contre, le plein potentiel de l’industrie peut être atteint. Afin d’agir de manière collective et collaborative, le rapport remis au gouvernement provincial en mai dernier recommande la mise sur pied d’une grappe Mode dans la région de Montréal, qui selon toute vraisemblabilité devrait voir le jour en janvier 2015. La visée d’une telle initiative repose grandement sur le transfert des connaissances contribuant au développement des conditions facilitatrices à l’innovation.

 

Mais justement, quelles innovations doivent être priorisées ? Celles reflétant les besoins des consommateurs, tout profil confondu. Qu’il soit de type hédoniste ou engagé, plutôt pirate ou créatif, il cherche désormais à consommer de manière locale, connectée, personnalisée. Finie la loi de l’offre et de la demande, nous sommes désormais dans une ère de l’offre au service de la demande, alors que l’auditoire amplement informé ne badine plus avec ses préférences. Toutefois, derrière les tendances lourdes de la consommation contemporaine se trouvent le dénominateur commun d’un retour à l’échelle humaine. Autant les nouvelles technologies peuvent amplifier la dimension expérientielle, la relation humaine détient plus de valeur que jamais. Exit le B2C et le B2B, Vincent Thériault de l’entreprise de vêtement pour hommes Surmesur ne jure que par le P2P – le person to person. Pour offrir un service gravitant autour du consommateur, celui-ci doit non seulement être omniprésent dans les réflexions stratégiques de l’entreprise, mais il doit progressivement devenir un acteur central de la conception et de la production, notamment à travers des initiatives de co-création.

 

De manière générale, les conférenciers s’entendent pour dire que les technologies permettent surtout d’optimiser les stratégies des entreprises mode d’ici. Alexandre Skerlj du CEFRIO dresse un portrait de l’utilisation en croissance progressive des NTIC dans l’industrie québécoise, alors que Jacques Grysole, fondateur d’Expansion Stratégies, présente le vaste champ d’applications des textiles et vêtements intelligents, une niche où le Québec détient une bonne longueur d’avance en matière de développement. Pour terminer ce tour d’horizon sur une note plus ludique, Valérie Lamontagne, fondatrice et designer de 3lectromode, nous fait voyager dans l’imaginaire des créateurs technologiques, nous portant loin dans nos réflexions sur l’avenir d’une industrie appelée à renaître sous un jour nouveau grâce aux avancements de la technologie portable et des croissement d’industries insoupçonnées. Ne soyons pas surpris de voir émerger prochainement des produits mariant mode et pharmaceutique, ou encore biologie synthétique comme le parfum consommable imaginé par l’artiste britannique Lucy McRae

 

Enfin, si la journée a permis de dégager une grande perspective d’avenir pour l’industrie québécoise de la mode et du vêtement, c’est qu’elle n’en est qu’au début de ses transformations. Les opportunités ne sont qu’aussi grandes que les défis qui les accompagnent. Et ce n’est qu’en unissant ses forces en tant que communauté solidaire que le secteur de la mode pourra tirer parti de ses multiples expertises et savoir-faire et de rayonner ici comme ailleurs. 


Crédit photo : Cabinet Éphémère du Conseil des Créateur de Mode du Québec 

 

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