Imprimer
/ Idées

Montréal : l’intelligence dans l’engagement

Montréal : l’intelligence dans l’engagement

Semaine très riche au sujet de la proverbiale ville intelligente et point nommé pour discuter de l’implication des citoyens dans ce processus. Rappelons d’abord en guise d’introduction que Montréal a nommé son premier directeur de la ville intelligente, Stéphane Goyette, entré en fonction au début de la semaine; ceci correspond aussi avec le dépot des projets du défi info-neige organisé par la Ville pour “smartifier” notre relation amour-haine avec les opérations de déneigement. Enfin, cllbr publie conjointement avec Nord Ouvert et Tout le monde UX un rapport [téléchargeable ici] suite à l’événement #smartmtl  mené le 5 aout dernier et visant à définir les grandes lignes de ce que pourrait être un écosystème local permettant de soutenir une démarche de ville intelligente. Bref, la table est mise!

 

C’est une conversation tenue à la fin de l’événement du 5 août qui sert de point de départ: d’un coté un participant soutenait que la ville intelligente (et une bonne partie des discussions de la soirée) s’apparente à du solutionnisme technologique face à des problèmes autrement plus profonds et hors de portée de la technologie: institutions désuètes, manque de participation citoyenne, etc. Son interlocuteur arguait qu’avec des outils comme Twitter, il est possible d’écouter une population, de faire ressortir rapidement certains besoins non entendus sans cela et d’agir en conséquence. Une sorte d’omniscience civique.

 

L’intelligence dans une formule

 

On trouve surement autant de définition de la ville intelligente que d’experts sur le sujet. Bien que des adjectifs comme “durable”, “créative” ou encore “sociale” y soient souvent accolé, le concept se résume souvent à la mise en oeuvre d’infrastructures communicantes servant à alimenter en données un bataillon d’algorithmes, le tout permettant d’optimiser tous les domaines souhaitables: transport, finance, santé, sécurité, etc.

 

Réduits à leur plus simple expression - et de manière exagérée - ces algorithmes cherchent à obtenir le minimum de fonctions paramétrées. Des maths finalement. Les paramètres d’entrée sont les différentes sources de données; l’optimum est atteint lorsqu’un critère ou une combinaison de critères atteint son minimum.

 

Une fonction d’optimisation à plusieurs variables, le coeur de la ville intelligente

 

Pour donner une image concrète, une valeur tout à fait souhaitable à optimiser est la vitesse de déplacement de long d’un axe routier, que l’on souhaite élevée, et les paramètres peuvent être la synchronisation des feux, la charge du réseau, la vitesse autorisée, etc.

 

Tout est politique

 

Le problème de cette vision mécaniste, c’est qu’elle évacue toute la dimension politique d’une ville. En mathématisant l’ensemble des paramètres, on laisse entendre qu’il existe un optimum idéal, objectif presque indépendant de toute considération humaine.

 

Pour revenir à l’exemple de la vitesse de déplacement, l’optimum est facile à trouver: transformer les rues en autoroutes! C’est ce qui a été fait un peu partout dans les années 50 et nous en sommes quelque peu revenus. Entre temps, il est apparu que d’autres paramètres devaient entrer dans l’équation: sécurité des piétons, pollution, enclaves urbaines et bien d’autres.

 

Le principal défi avec la ville intelligente, c’est que l’importance relative que l’on donne au différents objectifs (p. ex. vitesse de déplacement vs. sécurité des piétons) est centrale mais ceux-ci peuvent rapidement se retrouver enseveli soit sous des décisions apparamment purement techniques, soit dans des logiciels sur lesquels peu de controle est possible.

 

Le bébé et l’eau du bain

 

Nul ne niera que les concepts derrière la ville intelligente peuvent amener une multitude d’améliorations dans notre quotidien. Nombreux sont les problèmes qui bénéficient déjà de capteurs ou de communications accrues pour mieux fonctionner.

 

Pas question donc de jeter le concept de ville intelligente, mais plutôt d’envisager son intégration dans le fonctionnement ô combien délicat d’une ville. Le premier point important est que la ville intelligente ne doit pas devenir un autre gadget technologique. De la même manière que la sortie du prochain iPhone procède du culte technologique faisant oublier par la même la surveillance dont nous sommes victimes par cet outil, les capteurs disposés un peu partout ne doivent pas nous faire oublier les décisions qu’ils alimentent.

 

Par ailleurs, comme les données représentent la base de tous ces systèmes d’optimisation et d’aide à la prise de décision, il devient central de s’assurer, comme cela a été commencé, que les données deviennent disponibles à tous et que la Ville explique l’utilisation faite de ces données. Ça ne doit pas être uniquement une publication “fire and forget”, les données peuvent et doivent devenir une des plateformes de discussion et de collaboration entre pouvoirs publics et représentants de la société civile.

 

Autre aspect important: faire confiance à l’écosystème local et à des systèmes ouverts. En effet, le principal risque est de se retrouver dépendant de systèmes complexes élaborés par des organisations incapables de prendre en compte les particularités de telle ou telle ville. Des logiciels libres supportés par un écosystème local fort représentent surement la meilleure combinaison pour prendre efficacement en compte les spécificités de Montréal.

 

Le dernier point est surement le plus important et le plus difficile à déployer: augmenter l’engagement citoyen autour des enjeux locaux. C’est le Saint Graal, pas juste pour la ville intelligente. Cela implique de mettre en oeuvre des processus et des outils permettant de communiquer les choix réalisés et de pouvoir solliciter les citoyens sur ces choix. Cela, et ce n’est rien de simple, implique un réinvestissement massif dans les outils d’engagement citoyens, autant numériques que non-numériques et un appel aux différents intermédiaires de la société civile pouvant représenter certaines franges de la population.

 

C’est par cette voie que les tous citoyens deviendront aussi “smart” que leur ville et que le concept de ville intelligente représentera un réel progrès pour tous.

 

comments powered by Disqus