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Les véhicules en libre service, les voitures autonomes, le futur

Les véhicules en libre service, les voitures autonomes, le futur

L’annonce récente du maire de Montréal sur un futur réseau de véhicules électriques en libre service a fait couler passablement d’encre. Je vais y ajouter quelques coups de crayons pour essayer de donner un aperçu du contexte… futur. Ceci dit, je ne chercherai pas ici à prédire le futur mais à mettre en évidence la vision de l’avenir (probable) de ceux qui développent aujourd’hui des réseaux de véhicules en libre service, électriques ou non.

 

Aujourd’hui il est facile de voir l’auto-partage comme une sorte de Bixi de la voiture, à savoir quelque chose d’amusant mais finalement d’assez limité dans son usage, surtout limité pour à quelques bobos et autres jeunes adultes mal assumés. Sauf qu’il faut se demander pourquoi le géant automobile Daimler a investi ce marché avec Car2Go. Ou plus récemment BMW ou encore le groupe Bolloré, peu connu ici, apprécié des jeunes pour son papier à rouler des cigarettes, mais surtout une multinationale de 55,000 personnes générant 11 milliards d’euros par an et notamment actif dans la logistique. Ah, si seulement Bixi pouvait bénéficier de tels appuis!

 

C’est que les constructeurs automobiles se rendent bien compte que leur avenir n’est pas doré. Loin s’en faut. D’abord les jeunes urbains ne veulent plus conduire. J’en fait partie, même si je commence à ne plus être si jeune. Et même ceux qui sont prêt à conduire ne veulent plus nécessairement posséder leur voiture, nous voici dans l’ère de la consommation collaborative.

 

Enfin, surtout, toute l’industrie automobile regarde avec un mélange d’enthousiasme et d’effroi l’avènement annoncé de la voiture autonome. Nul besoin d’être devin pour savoir que si la voiture autonome devient réalité l’industrie automobile telle que nous la connaissons va s’effondrer. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura plus d’argent à faire, c’est juste qu’il ne sera plus au même endroit. Là où plus de 80 millions de voitures sont produites annuellement, une fraction de cela serait nécessaire dans un futur autonomisé. Parait-il que Car2Go dessert déjà 1 millions de clients avec 13,000 véhicules. Donc les revenus se trouveront plus loin dans la chaine alimentaire: logistique, service, réseau. Qui a dit que la tertiarisation de l’économie était finie?

 

Et qui de mieux placé qu’un réseau d’auto-partage pour profiter des véhicules autonomes. Le taux élevé d’utilisation de ces véhicules permettra d’amortir le cout d’achat et d’entretien de ces voitures hyper-sophistiquées. Surtout la voiture autonome représente le chainon manquant pour ne plus avoir sa voiture, mais une voiture qui vient nous chercher au besoin.

 

Ce n’est pas hasard si la première voiture autonome visant la commercialisation, celle de Google, reprend la même mise en forme que la Smart de Car2Go. Les première voitures autonomes populaires ne seront pas nécessairement d’imposantes berlines pour personnes fortunées ; ce serait plutôt une petite voiture urbaine, pas très rapide et dédiée au transport individuel.

 

Il y a dix ans, au premier DARPA Grand Challenge, la meilleure voiture avait difficilement roulé 18km sur une route pourtant droite. Voir la dernière Google Car rouler seule en ville donne l’impression qu’un bon 80% du chemin a été fait. Mais comme souvent en informatique, le deuxième 80% peut s’avérer le plus long. La voiture autonome demeure un immense pari. Le même genre de pari que la pile à combustible, rêve de Toyota depuis plus de 10 ans et qui tarde à se concrétiser. Certains doutent que la voiture autonome soit possible, surtout dans des conditions difficiles comme par exemple dans la poudrerie hivernale.

 

Il n’en demeure pas moins important de comprendre qu’aujourd’hui, la voiture autonome est le Saint Graal du transport individuel et le potentiel de disruption pour l’industrie automobile et pour l’économe en général est immense. C’est un contexte qui ne peut être ignoré quand vient le temps de développer les germes de ces futurs réseaux.

 

Il semble clair qu’une ville a tout intérêt à favoriser un tel développement, à court terme d’un investissement positif pour la population, à long terme cela pourrait être une révolution en matière de transport. Cependant l’idée d’appel d’offre et de contrats avec un prestataire particulier et créant un quasi-monopole doit porter à réfléchir: les engagements ainsi pris risquent-ils de nous lier les mains? Certains voient la voiture autonome dans deux ans, d’autres dans 20, d’autres jamais. L’expérience nous montre que ce genre d’évolution peut se faire de manière très soudaine, sans égard aux engagements signés à l’encre indélébile.

 

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