Imprimer
/ Idées

Les banques survivront-elles au numérique?

Les banques survivront-elles au numérique?

On pense souvent au numérique comme un élément externe qu'il faut "intégrer à nos organisations", un peu par la force. Des armées de technocrates et de consultants se sont fait une spécialité de conseiller les entreprises, d'implanter des systèmes, de gérer le changement. Ce sont maintenant des métiers standardisés, que des hordes d'étudiants bien formés peuvent appliquer ; interchangeables.

 

Or pour nombre d'individus aujourd'hui, le numérique, C'EST l'organisation. Et de plus en plus, ceux-ci occupent des positions clés comme cadres supérieurs et comme entrepreneurs à succès. Ils sont les donneurs d'ordre, les patrons, les investisseurs. Ils sont le futur de nos sociétés et de nos organisations. Ils sont pour la plupart jeunes, mais pas uniquement. 

 

Le "changement" que considèrent aujourd'hui beaucoup d'entreprises n'est donc pas, pour une proportion croissante de la main d'oeuvre, un enjeu. Pour celle-ci, les organisations sont, ou enfin devraient être, par définition agiles, flexibles, connectées, égalitaires.

 

Que ce soit dans le domaine des médias, de l'éducation ou dans l'univers bancaire, de nouveaux joueurs perturbent les organisations établies. Dans ce dernier secteur tout particulièrement, les exemples sont nombreux, et comme l'a montré la crise de 2008, les conséquences peuvent être dramatiques. 

 

Une économie sans espèces sonnantes

 

Dans de nombreux pays d'Afrique, la monnaie réelle (les espèces sonnantes et trébuchantes) disparait. Au Kenya, des téléphones rudimentaires permettent le transfert de M-Pesas, une nouvelle monnaie virtuelle lancée en 2002 et représentant désormais 31% de l'économie du pays. Trente pourcent [source]. 

 

En plus de permettre à de nombreux individus "unbanked" (pour lesquels le système bancaire ne propose aucun service), le M-Pesa réduit la quantité de monnaie que doit porter sur lui un individu. Il réduit, par le fait même, le risque de vol ou d'agression. 

 

C'est un système gagnant-gagnant. Difficile d'imaginer comment les banques occidentales résisteraient à un tel système, s'il devait être implanté chez nous… 

 

La fin du monopole de l'argent

 

Dans l'univers du jeu, une porosité croissante s'installe entre monnaie réelle et monnaies virtuelles. Amazon Points, Microsoft Points, Boni Dollars, Air Miles. Certaines plateformes de jeux de hasard en ligne permettent d'investir de l'argent réel qui peut être retiré à tout moment. Mais dans la majorité des cas, l'argent investi doit demeurer sur la plateforme. 

 

Pensons à Candy Crush ou Tiny Monsters, deux applications basées sur un modèle freemium permettant d'investir des vrais dollars pour obtenir des points, des vies, des chances de jouer. Dans une logique pédagogique, il devient difficile d'apprendre aux enfants, par exemple, à faire la part des choses entre des "points" et des "dollars". 

 

Les deux sont des nombres affichés sur un même écran (celui de la tablette, par exemple) dans des univers virtuels - l'un celui du jeu, l'autre celui de la banque. Outre les logos en en-tête, il y a peu de différence. 

 

Le numérique requiert donc un effort immense de la part des joueurs établis. À l'ère des Square, Paypal, Google Wallet, des MOOC et des services financiers par Hangout, les banques traditionnelles nous semblent dépassées. 

 

Quelles structures et quels processus permettront de rénover ces cathédrales et de les connecter à l'univers numérique du 21e siècle? Beaucoup de pistes s'offrent au décideur : incubateurs, design jams, design thinking, méthodologies agile et lean startup, réseaux sociaux d'entreprise ou externes, innovation ouverte, télétravail. Il ne suffit plus de "penser numérique", mais bien de voir à ce que l'organisation toute entière embrasse cette nouvelle réalité, en terme de structure et de dynamique. Le numérique C'EST l'organisation. 


Photo: Heath Ledger dans le rôle du Joker dans The Dark Knight.

 

comments powered by Disqus