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Le hack qui plantait les arbres

Le hack qui plantait les arbres

J'étais plutôt surpris d'apprendre que seulement trois villes québécoises s'étaient mises aux données ouvertes. En "équipe" avec la journaliste sherbrookoise Camille Dauphinais-Pelletier, le défrichement des catalogues de Gatineau, Montréal et Québec révèle un certain nombre de patterns étranges, dont intérêt curieux pour la recension des arbres. La ville de Québec, leader en la matière, donne le nom latin, la longitude, la latitude, le diamètre à hauteur de poitrine (dhp) et le numéro civique le plus près. 65,000 spécimens sont recensés. Surprise. Étonnement.

 

L'idée soumise sur Facebook ; on me rappelle à l'ordre et fait la leçon. N'en déplaise à ceux qui croient que les données ouvertes devraient servir d'abord à alimenter substantiellement la réflexion macro-politique sur notre société, les répertoires d'arbres existent et peuvent, il faut l'admettre, servir à alimenter une certaine idée de gouvernance locale. Selon Patrick Dubé, co-fondateur d'Umvelt Service Design, une application "citoyenne" serait même en cours de développement. Et puis au fond, qui sommes nous, non-botanistes, pour oser juger de la pertinence de compter les arbres. Passons, donc, sur un jugement de fond sur la pertinence sociale de telles données. 

 

 

Car sur la forme...

 

Il n'en demeure pas moins qu'à vouloir opérationnaliser ces données, on constate rapidement qu'elles ne servent pratiquement à rien. Mis à part quelques évidentes erreurs de frappe, la majorité des entrées de l'ensemble sont fausses et inapplicables. C'est ainsi que, selon l'une des bases de données, la ville de Québec hébergerait un tilleul à petites feuilles de 947cm de diamètre, alors que le plus gros arbre de la sorte au monde, le Sabot de Saint-Nicolas à Furnaux, Belgique, a un dhp de 740cm. Partant du désir, un peu frivole, d'établir un circuit touristique des 10 plus gros arbres de la ville de Québec en utilisant l'outil cartodb, on constate qu'aucun de ceux visés par notre recherche au sein de l'ensemble de données, vraisemblablement périmé, n'existe en 2013. Google Street View : 1, données ouvertes : 0.

 

 

Dans la mesure où ces données sont complètement vétustes et inexactes, on se demande donc légitimement sur quelles bases les citoyens et journalistes qui ont recours aux données ouvertes de leurs villes respectives peuvent prétendre participer à la vie démocratique, que ce soit en développant des applications ou en se faisant simplement les disciples de cette exploration quantitative. 

 

Force est d'admettre avec Steve Proulx, consulté pendant le Hack Journalisme, que les données ouvertes constituent une opportunité pour les des gouvernements de mettre en circulation des données de second ordre à des citoyens qui se transforment dès lors en prestataires bon marché. Qu'on pense aux nombreuses applications BIXI (qui ont précédé la "vraie" application rendue disponible cette année), les données ouvertes constituent une opportunité d'ordre économique de rendre diffus les coûts d'un service particulier. Sans bonnes données, nul le journalisme, ni l'entrepreneuriat de données ne peut survivre. 

 

Certes, les outils de traitement sont nombreux, et relativement sophistiqués. Mais ce que montre bien cette brève incursion dans l'univers de la donnée ouverte municipale, c'est que la véritable innovation, celle qui changera la donne et fera du "hacking" un véritable phénomène social, reste sujet d'une plus grande ouverture, de davantage de volonté, et surtout de plus de transparence de la part de nos gouvernements. 

 

 

Remerciements à Camille Dauphinais-Pelletier d'avoir partagé ses méthodes et ses idées. Cet article n'aurait pas été possible sans elle. f. & co tient également à remercier Julien Brault et Jean-François Parent, journalistes au journal Les Affaires, d'avoir organisé cette première édition du Hack Journalisme

- FG - 

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