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Gaspésie : c’est le (capital de) risque qui sauve !

Gaspésie : c’est le (capital de) risque qui sauve !

Interview avec Marc Cayouette 

Directeur régional du Fonds régional de solidarité FTQ

Bas-St-Laurent, Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine

 

On observe une concentration des fonds et des investissements de capital de risque dans les grandes villes. Pourquoi investir en capital de risque en région?

 

Le Fonds de solidarité n'est pas un Fonds de risque pur ; il poursuit simultanément deux objectifs, soit de créer un rendement acceptable pour ses membres et avoir un impact positif sur l'économie du Québec. 

 

Traditionnellement, les PME en région n'avaient pas accès au capital de risque. Il fallait se déplacer à Montréal, Sherbrooke, Québec, car de telles pratiques n'existaient pas ici. À un certain moment, le Fonds a décidé de faire en sorte que ces moyens seraient mis à disposition de toutes les PME québécoises, en collaboration. 

 

C'est ainsi que sont nés les 16 fonds régionaux, avec dans chacun, une équipe dédiée. De cette manière, peu importe que vous soyez établis à Chibougamau, Rouyn ou Gaspé, vous pouvez compter sur la présence de capital de risque. 

 

Ensuite, il a fallut évidemment éduquer les PME régionales au capital de risque, leur expliquer pourquoi et comment un entrepreneur peut s'en prémunir, la raison des taux de rendement plus élevés, du partage de risque, du partenariat. 

 

Notre mission n'est donc pas uniquement d'obtenir le rendement maximale, mais aussi de contribuer au développement du Québec en région. Là où les PME n'ont pas accès à certains types de financement, là où elles vivent des réalités particulières comme dans l'agroalimentaire, dans les produits marins, ou dans les mines comme en Abitibi, il est bon de miser sur une équipe dédiée qui connaît la réalité, les gens, et contribuent à créer le réseau. Et puis force est d'admettre que le Fonds a su maintenir malgré ces contraintes un très bon rendement, partout, grâce à ses équipes très professionnelles qui jouent leur mandat, de sorte qu'aucune PME ne pourra dire qu'elle n'a pas accès à une équipe de capital de risque à proximité. 

 

 

Le modèle typique du capital de risque repose sur la capacité d'investir dans de nombreuses sociétés en émergence. Parvenez-vous à trouver un bassin suffisant pour justifier ces investissements?

 

Évidemment, le capital de risque se base sur la loi du nombre ; il faut investir dans 20 projets pour en avoir un qui lève et justifie les autres. 

 

Nous y arrivons mais évidemment cela invite à certains arbitrages, càd q'on ne s'aventure pas dans certains domaines trop spéculatifs de la nouvelle économie. Dans le Bas-St-Laurent, on a fait des biotech mais le nombre était faible et le taux de succès très bas.

 

On s'en tient donc à des secteurs plus conventionnels avec du capital de démarrage, dans un Fonds particulier en partenariat avec Investissement Québec. L'expérience de l'équipe nous permettre de sélectionner et d'encadrer des démarrages avec un fort taux de réussite. 

 

C'est toujours du financement, mais on peut accepter un taux de perte plus élevé, être plus patients à long terme. Pour ce faire, il faut être créatifs ; on a pas de produits financiers standardisés, mais des réflexes adaptés à chaque situation, incluant des "kickers", des moratoires, des modes de remboursement sur fonds générés. On réalise des montages respectueux de nos capacités financières en partenariat avec les institutions traditionnelles et avec les promoteurs de ces projets, et ce qu'ils aient 10,000 ou 150,000$ de fonds propres. 

 

 

Comment identifiez-vous les bénéficiaires potentiels de vos investissements? Vos exigences sont-ils différentes de ce qu'elle seraient à Toronto ou Montréal? 

 

Le Fonds de solidarité n'a pas le réseau d'un Desjardins Capital de Risque, par exemple, qui peut miser sur des succursales dans tous les villages et dans toutes les villes. On doit faire du démarchage, avec les comptables notamment, ou par la sollicitation directe. Dans les régions, le bassin n'est pas énorme, mais on connaît nos gens, nos entrepreneurs, qu'on fréquente lors d'opportunités de réseautage, etc. 

 

Une grosse partie de notre mandat consiste à faire de l'éducation en ingénierie financière, particulièrement en ce qui concerne les principes qui sous-tendent le capital de risque. Ça implique beaucoup de travail de terrain. Et au final, c'est le bouche-à-oreille qui rapporte le plus. 

 

 

Comment parvenez-vous à rester dans un rapport de proximité avec les entreprises dans lesquelles vous avez investies malgré la distance géographique? 

 

Au départ on fait beaucoup de millage! 

 

On couvre les Iles-de-la-madeleine aussi. Et puis faire le tour de la Gaspésie, c'est 1000km pour une concentration somme toute faible d'entreprises. Le taux au kilomètre carré n'est pas élevé. 

 

On a la chance de compter sur un conseil d'administration. Les Fonds régionaux sont autonomes, capitalisés, mais gérés par des C.A. régionaux. Nos administrateurs proviennent d'un peu partout sur le territoire, ils sont donc aussi nos antennes.

 

Il nous donnent des opportunités, identifient des événements qui se produisent dans leur milieu. La plupart des collaborateurs dans nos deux équipes, sont nés en région. Ils sont partis pour aller à l'université, puis sont revenus. Ils ont l'habitude de faire de la route. Pour un Gaspésien, faire 400km c'est juste une journée normale. 

 

 

Quels conseils donneriez-vous à des capital-risqueurs dans d'autres régions? 

 

Peu importe où on se situe, le capital de risque se base sur une relation de confiance et de proximité. Même comme prêteur, on se définit comme un partenaire. Au Fonds, on ne prend aucune garantie, aucune caution. 

 

Comme tout partenaire, un bon capital-risqueur doit être transparent et flexible. L'entrepreneur qui te choisit et qui choisit le capital de risque comme instrument doit chercher à rentabiliser, montrer sa feuille de route, pour rendre le capital productif. 

 

Évidemment, je prêche pour ma paroisse, mais ici on est près des gens, pour le meilleur et pour le pire. Faire affaire avec une équipe qui est proche, compétente, partout sur le territoire, ça fait toute la différence pour un entrepreneur. 

 

Qui plus est, on a un très faible taux de roulement. On a donc sû bâtir une expertise en ingénierie financière où on ne fait pas juste "ploguer" notre financement dans un projet mais où on se préoccupe vraiment de son succès. On connaît bien les propriétaires de PME, ceux et celles qui sont sur le plancher, qui font l'administratif quand ils ont le temps. On leur amène un réseau, celui du Fonds de solidarité et des 3000 entreprises qui bénéficient de nos investissements. 

 

Le capital de risque au Fonds, c'est aussi s'ouvrir un accès à tout ce réseau. Et ça marche! 

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