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De l’intuition au point de vue

De l’intuition au point de vue

Tout, nous semble-t-il, commence par l’intuition. Cette capacité mystérieuse que l’on confond parfois avec l’instinct – plus bestial – que chacun d’entre- nous possède et qui nous permet de retrouver notre propre nature d’humain.

 

Nous avons pour réflexe de baptiser intuition tout ce qui dans nos démarches cérébrales personnelles nous pousse à agir sans que nous sachions trop expliquer pourquoi.

 

De plus, nos sociétés cartésiennes et leurs enseignements ou apprentissages campés dans l’organisation de la méthode et dans l’étude du processus nous écartent systématiquement du champ émotionnel de nos actions. Et parfois même ce champ est volontairement oublié voire rejeté, car trop suspect aux yeux de nombreux entrepreneurs.

 

C’est une formidable erreur.

 

De plus en plus d’études émanant des centres de recherches universitaires et scientifiques parmi les plus crédibles, démontrent au contraire que les grandes réalisations humaines et les grandes innovations, celles qui forgent des pans entiers de notre économie sont l’œuvre de « géants » qui ont d’abord écouté leur intuition en conjuguant le cognitif et l’émotionnel de leur personnalité.

 

La perspicacité, la curiosité, l’acharnement, la gestion du risque, de la peur ou encore de l’échec les menant là où leur intuition première les guidait sans qu’ils ne sachent vraiment dire pourquoi.

 

Au cœur de l’économie créative, c’est à dire de cette économie nouvelle qui s’inspire des démarches traditionnellement propres aux artistes, on peut aujourd’hui répertorier les joueurs les plus sérieux et performants. Apple, Ubisoft, Le Cirque du Soleil, mais aussi les plus grandes firmes de nouvelle technologie, de design, d’ingénierie ou d’architecture, etc.. Toutes sans exception sont dirigées par des leaders non seulement pourvus de grands réflexes intuitifs, mais aussi qui favorisent la pratique d’un management « créatif » au sein duquel s’entremêlent l’interdisciplinarité, l’intergénérationalité, l’interculturalité et l’internationalité des apports.

 

 

Formuler son point de vue

 

Qu’est-ce que j’apporte, qu’est-ce que mon entreprise fait pour « changer le monde »?

 

Cette question peut paraître presque candide. Et pourtant, y répondre, c’est déjà se rendre sur le chemin de ce qui la rend repérable et désirable.

 

Coco Chanel dans une entrevue à un magazine féminin avait confié : «  Si, dans une soirée, on dit à une femme que sa robe est jolie, j’ai totalement échoué. Si, au contraire, on lui déclare qu’on la trouve très en beauté. Alors, j’ai réussi ».

 

L’objectif de Coco Chanel n’était pas de fabriquer des robes plus seyantes, mais bien de se préoccuper plus largement de la beauté, de la liberté et de la prédominance des femmes dans la société.

 

Voilà ce qui s’appelle avoir un point de vue. Celui-là affirme avec brio la singularité et la personnalité de Coco Chanel, mais contient également tout ce que la célèbre couturière a transmis à sa marque devenue depuis légendaire, pour ne pas dire mythique.

 

En philosophie, en attitude, en originalité et en justesse de ton.

 

Le point de vue des marques, des entreprises, des communautés ou de leurs dirigeants, constituent singulièrement ce qui nous attire le plus vers eux. Ce constat est également vrai en ce qui concerne les humains en général.

 

Nous aimons partager avec celles et ceux qui, dans une certaine mesure, savent le plus clairement ou le plus spontanément exposer leurs opinions, leurs valeurs, leurs philosophies, surtout lorsque ces dernières rencontrent nos propres opinions. Ne dit-on pas, en effet « qui se ressemble, s’assemble? »

 

Dans toutes sociétés, les individus se rassemblent, se rejoignent ou entreprennent parce que sciemment ou inconsciemment, ils partagent une même croyance, une même philosophie, un même point de vue.

 

Des académiques américains, canadiens et européens n’hésitent pas à parler de « Brand Manifesto ». Ce qui en dit long sur la teneur quasi « politique » du point de vue à émettre, mais surtout sur son ancrage dans des croyances marquées de la part des fondateurs ou dirigeants des entreprises.

 

Un point de vue net et précis permet de se singulariser, de se situer, de se positionner par rapport à l’évolution de la société, de ses entreprises, de ses concurrents. C’est un avantage concurrentiel important pour qui a le courage d’en formuler.

 

Ainsi, le point de vue de quelqu’un nous renseigne sur sa transparence et son honnêteté intellectuelle, a fortiori, lorsque cette personne agit en toute cohérence avec de ses pensées et de ses affirmations.

 

Enfin, un point de vue clair sert de repère avant d’entreprendre pour assurer un maximum de cohérence entre sa pensée et ses actes.

 

Entreprendre, c’est faire des choix. Énoncer son point de vue, c’est faire montre de courage.

 

Et vous, au fait, sauriez-vous formuler votre propre point de vue?

 


Jean-Jacques Stréliski est professeur associé à HEC Montréal, membre de MosaiC, spécialiste en stratégie de l’image. Il publie la chronique Questions d'images dans Le Devoir.

 

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