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Quand arts et affaires font bon ménage : les nouveaux modèles d’affaires dans les industries culturelles

Quand arts et affaires font bon ménage : les nouveaux modèles d’affaires dans les industries culturelles

L’économie du numérique perturbe profondément la chaîne de valeur des entreprises et des organismes, toutes industries confondues. En raison des nouvelles formes d’interaction, de consommation, de collaboration et de création que permettent les technologies de l’information et des communications (le web, le mobile, la géolocalisation, le sociofinancement, le commerce en ligne), et avec l’émergence de nouveaux régimes de propriété intellectuelle (copyleft, Creative Commons, logiciel open source), les modes de distribution et de diffusion des produits culturels se démocratisent et, souvent, se dématérialisent.

 

Simultanément, les subventions gouvernementales s’adressant aux arts diminuent. Chaque nouveau budget sabre de plus belle dans les montants réservés aux arts. Or, même d’un point de vue financier, le gouvernement du Canada gagne à investir dans la culture, car son retour sur investissement est de l’ordre de 2,70 $ pour chaque dollar injecté.1 Malgré que le secteur culturel canadien et québécois contribue à sa juste valeur à la prospérité du territoire, il se trouve plus vulnérable que jamais, ayant encore trop souvent les mains liées aux finances publiques.

 

Force est de constater que les organismes culturels et les artistes se trouvent malgré eux à la croisée des chemins. D’une part, l’urgence de se distinguer de la concurrence se fait sentir : l’offre en culture et divertissement se diversifie et se décentralise, alors que le consommateur n’a pas beaucoup plus d’argent, ni plus de temps. D’autre part, les « modèles d’affaires » traditionnels permettent de moins en moins de boucler les budgets. Néanmoins, ce qui peut sembler des enjeux de taille à première vue peut se transformer en d’incroyables opportunités, pour peu qu’on se donne la peine d’innover et de bousculer certaines conventions.

 

Quelques exemples 

 

Le financement participatif (crowdfunding en anglais) se présente comme un mode alternatif attrayant pour les artistes. À travers différentes plateformes web, des projets à teneur culturelle peuvent voir le jour grâce à la contribution individuelle de membres de la communauté. Selon la popularité (voire la viralité) des projets, des sommes considérables peuvent être amassées. En 2012, 300 plateformes ont recueilli 324 millions de dollars US pour des projets des arts de la scène seulement.2 Toutefois, il n’en demeure pas moins que les plateformes Kickstarter et Indiegogo de ce monde, récemment implantées au Canada, visent le financement d’un projet unique et ne permettent pas aux artistes de subvenir à leurs besoins indéfiniment, même lorsqu’ils parviennent à financer la totalité de leur projet, ce qui n’est pas garanti. 

 

Un autre cas de figure, plus près de chez nous, est celui de Misteur Valaire. Considéré comme un exemple à suivre dans l’industrie de la musique, le groupe sherbrookois a ouvert la voie aux autres artistes québécois frileux d’utiliser les licences Creative Commons pour partager gratuitement leurs compositions sur le web. Tout en moussant l’image de marque du collectif, la stratégie numérique innovante mise sur des revenus provenant de produits dérivés, en commençant par les spectacles. D’autres groupes ont aussi emboîté le pas, comme Alaclair Ensemble.

 

 

Place à l’innovation

 

À l’instar des autres secteurs d’activité, la culture n’est pas à l’abri des transformations économiques qui ébranlent nos sociétés. Prendre du recul afin de revoir ses pratiques est un exercice sain pour tout organisme, ne serait-ce que pour se mettre au diapason de l’évolution des différents publics. Le secteur culturel se trouve particulièrement affecté en raison de dépendance aux sources de financement tierces. Dans ce contexte, une ouverture vers des méthodes alternatives s’impose.

 

Au-delà de la nécessaire mobilisation afin de faire reconnaître leur valeur, sociale et économique, auprès des gouvernements, les industries culturelles, comme toutes les autres, doivent prendre le virage de l’innovation. La mise en commun des connaissances et des ressources des différents acteurs de la culture pourrait déjà nourrir la réflexion vers des solutions durables pour ce domaine essentiel au développement de notre société. 

 


f. & co invite la communauté des gestionnaires d’organismes du milieu des arts de Montréal et du Québec à l’événement Les nouveaux modèles d’affaires dans les industries culturelles: l’avenir appartient à ceux qui osent se réinventer, mettant à l’honneur Guillaume Déziel, gestionnaire de marque et éditeur pour les groupes Misteur Valaire et Qualité Motel, le 31 juillet prochain. Le détail sur fandco.ca.

 

Photo: Mecenat Art Museum by naf architect & design

Sources:

Hill Strategies, 2008

2 The New Yorker, 2014

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