Imprimer
/ Idées

Aplanir les marches de la gloire

Aplanir les marches de la gloire

Dans le cadre des Creative Mornings Paris, j’ai pu entendre le fondateur du réseau social My Hospi Friends, Julien Artu, nous parler de la chance et de ses différentes dimensions. 

 

Ce que j’en retiens c’est que ce que nous nommons malheur ou difficulté est bien souvent aussi une réussite déguisée. Dans le domaine de la réussite pourtant, il semblerait qu’il faille toujours monter plus haut…

 

 

La fausse réussite

 

« T’es au top ! » « Va plus haut ! » « Plus haut, plus fort ! » « Toucher les étoiles » etc.

 

Cette idée selon laquelle la réussite ne serait qu’un chemin tracé verticalement m’interpelle. Ne peut-on pas imaginer autre chose ? Un trajet alternatif, une autre voie ? Peut-on, pour réussir, couper à travers champs ?

 

Depuis toujours l’objectif c’est le sommet car les dieux y sirotent leurs nectars. Les élites, le plus souvent, aussi. 

 

En fait ce sont surtout les places de quelques heureux élus. La structure classique des organisations reste pyramidale, même si cela change, tranquillement. 

 

Or une pyramide possède un sommet pointu et une base large. Conséquence ? 

 

Si vous pensez que la réussite c’est grimper toujours plus haut, il y a de forte chances pour que vous n’arriviez jamais à la place du haut, non pas parce que vous êtes mauvais, mais parce que c’est là où il y a le moins de monde.

 

Le moins de monde + tout le monde veut y aller = frustration automatique.

 

Car celui qui accède au sommet, qui détient les commandes d’une entreprise, de plusieurs centaines ou milliers de salariés, aura, dit-on « réussi ». 

 

Mais une question se pose : qu’en est-il alors de tous les autres ? Ont-ils, par opposition, échoué ? 

 

S’il y a une seconde chose, à laquelle on pense moins, lorsqu’on se trouvent au sommet du monde, c’est : « et après ? ». 

 

J’aime beaucoup les questions des journalistes qui interrogent les sportifs qui gagnent une médaille d’or ou qui viennent de battre un record du monde : « Vous êtes le meilleur au monde dans votre discipline, que pouvez-vous encore viser maintenant ? », comme si ce record était une fin en soi, comme si il n’y avait plus rien après. La réponse d’ailleurs, bien souvent est la même « je vais tenter de le garder »… rarement « j’ai passé 10 ans à m’entrainer pour en arriver là, désormais je vais me consacrer à mes proches ».

 

Autrement dit pour celles et ceux qui envisagent la réussite comme un sommet, il y a de fortes chances pour qu’ils continuent de le gravir toute leur vie, sans jamais vraiment en profiter. 

 

 

Une autre réussite est possible

 

Toutes les réussites n’empruntent pas un chemin vertical, heureusement.

 

Aujourd’hui un dirigeant peut avancer au sein d’une même entreprise en y cherchant de nouveaux défis. Les évolutions peuvent passer par la mobilité horizontale, internationale, ou par la mise en place et le développement de structures plus complexes. 

 

On pourra aussi pourquoi pas, changer de marché, changer d’objectifs, se renouveler, se relancer autrement. On pourra entretenir sa réussite en ayant de l’audace et en prenant des risques. Nouveaux challenges professionnels, nouveaux défis personnels aussi. Tous ces choix se feront via un seul prisme… l’envie individuelle, l’appréhension personnelle, et non plus en fonction de facteurs externes. 

 

Heureusement, aujourd’hui on ne parle plus de réussite sans épanouissement personnel, merci la jeune génération, qui ne sacrifie pas tout sur l’autel de la réussite professionnelle. Car pour accéder au sommet, il faut souvent consentir à de nombreux sacrifices : vie de famille, vie sociale, gestion du temps, gestion de l’énergie, etc. 

 

Ce qui apparaît comme réussite aux yeux de certains ne l’est pas forcément pour d’autres. De plus, l’ambition professionnelle peut prendre différentes formes selon les individus. Un collaborateur qui ne regarde pas vers le haut ne manque pas forcément d’ambition. Est-il moins brillant qu’un autre ? Je ne le crois pas. 

 

Simplement il possède des objectifs différents. Et si la réussite de nos organisations passe par celle des individus, il faut véritablement changer l’angle par lequel nous considérons ce nouvel équilibre. 

 

Croître

 

Dès qu’on oublie la hauteur, on ouvre les yeux sur le champ des possibles, et la transversalité horizontale. La prise de responsabilité croissante n’est pas toujours la meilleure manière de réussir et on peut chercher une valorisation ailleurs, par exemple dans la satisfaction du travail ou dans la reconnaissance qui l’accompagne. 

 

Certains employés se réalisent pleinement dans leur fonction et la rendent plus créative jour après jour. Sans viser le haut, certains, de par le regard qu’ils portent et la vision qu’ils ont de situations complexes, permettent la réussite, la leur, celle de leur entreprise et celles des autres

 

Dans cet idéal de réussite et d’équilibre, il semblerait que chacun ait ses propres recettes. Certains découvrent la méditation et en tirent de nouvelles performances, voire davantage mais en étant dans la sérénité et l'empathie.

 

Steve Jobs, qui pratiquait la méditation, disait que ses idées les plus créatives venaient après les périodes de silence intérieur qu'il vivait. 

 

 

Ainsi, plutôt que de rester dans son environnement propre, soumis à des pressions et à des vents contraires, certains essaient de prendre du recul, de faire un pas de côté, pour mieux s’isoler et penser, au calme. La recherche du toujours plus haut individualise, casse les groupes et les énergies communes dynamiques car les postes haut placés sont toujours moins nombreux et solitaires. Ce sont des rôles dans lesquels les managers, souvent talentueux et efficaces, manquent de sens, de souffle, et vivent parfois de vraies souffrances. 

 

It is, indeed, very lonely at the top. 

 

Aujourd’hui il semblerait qu’un pont soit nécessaire pour que le meilleur de ces deux mondes puisse échanger. D’un côté l’aptitude à la performance et à l’efficacité du monde des affaires (et plus largement des organisations, privées ou publiques), et de l’autre l’art de vivre relié à l’essentiel, cultivé par le monde de la sagesse. 

 

Et si on méditait là-dessus ?

 

comments powered by Disqus